NFL LEGENDS : Pete Gogolak, le premier Kicker
Pour devenir le show monumental qu’elle est aujourd’hui, la NFL n’a cessé d’évoluer depuis sa création. Fusion, ajustements des règles, de l’équipement, innovations des coachs ou des propriétaires ont été des changements essentiels à la création de la NFL que l’on connait. Si la plupart de ces améliorations ont résulté de décisions concertées, celle dont nous allons parler aujourd’hui fut une révolution brève et violente, qui devait aboutir à la création du kicking game moderne. Le responsable : Peter Kornel Gogolak.
Pete Gogolak naît le 18 Avril 1942 à Budapest d’une famille bourgeoise, en pleine seconde guerre mondiale, et rien ne le prédestine donc au football américain. Il grandit en admirant Puskás, Kocsis, Czibor et toute la fabuleuse “Equipe d’Or” hongroise des années 50, invaincue pendant 4 ans, championne olympique et vice-championne du monde, et se met tout naturellement au football, qu’il va pratiquer jusqu’à l’âge de 14 ans avant que le sort n’en décide autrement. Depuis la fin de la guerre, la Hongrie fait partie du bloc communiste et subit une stalinisation forcée. Le 23 Octobre 1956 démarre l’Insurrection de Budapest, ensemble de manifestations et revendications ouvrières, étudiantes et intellectuelles qui doit aboutir à la sortie du giron soviétique. La Hongrie se déclare neutre le 1er Novembre.
Le 4 Novembre, 2000 chars et 200 000 soldats russes entrent dans Budapest et répriment la révolution dans le sang. Les Gogolak décident de fuir et profitent du chaos pour quitter le pays.
Ils débarquent aux Etats-Unis et s’installent à New York où Pete et son frère Charlie poursuivent leur scolarité. En 1961 Pete rentre à l’université Cornell dans l’état de New York, une des universités les plus prestigieuses du monde, où il découvre l’existence du football américain. Pete constate que ce sport est pratiqué par tous les étudiants “populaires”, et que les filles veulent toutes sortir avec les joueurs. Un argument de poids qui donne envie au jeune Gogolak d’essayer. Il va alors regarder des heures de cassettes de matchs professionnels. Verdict: Il ne comprend pas tout ce qu’il voit mais une chose lui saute aux yeux: le kicking game.
Jusqu’alors les kickers n’existent tout simplement pas en NFL. Ce sont le plus souvent des linemen offensifs (Tackles, Guards, Centers) qui se chargent des coups de pied, la plupart étant des transformations de touchdowns. Les Field Goals de plus de 30 yards sont rarissimes. Les “straight ahead” kicks ont remplacé les drops vers le milieu des années 20 et sont donc déjà une évolution du jeu (ci-dessous en vidéo un drop kick et un résumé de la carrière de George Blanda pour se rendre compte à quoi ressemble un straight-ahead kick). Les Hall of Famers George Blanda (QB), Lou Groza (Offensive Tackle) ou Paul Hornung (Running back) sont les kickers les plus réputés de la ligue. Ils frappent le ballon en équilibre, d’un pointu, avec une chaussure rigide spécialisée qui leur permet d’être raisonnablement précis (les % de réussite au dessus de 60% restent rares néanmoins) mais la puissance et la fluidité laissent grandement à désirer. En voyant cela, Gogolak le footballeur ne peut s’empêcher de se dire: “Quelle façon étrange de frapper dans un ballon!”.
Pete décide donc d’essayer d’intégrer l’équipe de football de Cornell et il y trouve sans surprise sa place comme kicker. Dès sa saison “freshman” en 1961, son style fait des ravages. Il est le premier “soccer style” kicker de l’histoire de la NCAA. Sa prise d’élan latérale, la possibilité de mettre tout son poids dans ses coups de pied et sa zone de frappe (dessus et intérieur du pied) lui permettent d’être plus précis et de frapper de plus loin. Très vite il efface les records NCAA des tablettes. Il réussit un field goal de 41 yards dès son premier match (record égalé) avant de réussir le premier field goal de 50 yards de l’histoire de la NCAA un an plus tard. Il bat aussi le record de transformations de TDs consécutives réussies en 1963 (44).
Il est drafté au 12e tour en 1964 par les Buffalo Bills de la jeune American Football League, déjà connue pour ses innovations en tout genre (noms sur les maillots, conversions à 2 points, partage des revenus de télévision, horloge de jeu dans le stade, salaires équivalents pour les joueurs de couleur, premiers quarterbacks noirs et hispaniques etc …). Après avoir été le premier “soccer style” kicker du college football, il devient le premier “soccer style” kicker professionnel. Les résultats ne se font pas attendre. Il inscrit 102 points en 1964, 25% du total de son équipe, et passe régulièrement des field goals de plus de 40 yards. En 1965 il inscrit 115 points et est nommé meilleur joueur de la ligue par Sporting News.
Voir ce petit homme de 70 kilos kicker d’aussi loin et aussi bien impressionne, et très vite (3-4 ans) toutes les équipes AFL et NFL se dotent d’un “soccer style” kicker, un spécialiste qui occupe une place à part entière dans le roster. La nouvelle technique est plus efficace, plus esthétique et plus “cool” à regarder. Dès lors le football américain professionnel va voir arriver des joueurs qui ne ressemblent même pas de loin à un athlète professionnel, la plupart du temps des immigrés élevés au football et qui vont peupler les 2 ligues au milieu des années 60. Jan Stanerud le norvégien, Charlie Gogolak (le petit frère), Garo Yepremian le chyprio-arménien sont autant d’exemples de ce nouveau type de joueurs. Yepremian est resté célèbre grâce à une des anecdotes préférées de Don Shula. Durant sa saison rookie, parlant à peine l’anglais et découvrant le football américain, il réussit une transformation, explose de joie, court vers son banc et tape dans les mains de ses coéquipiers. On lui demande alors ce qui a provoqué cette joie et il répond : “I Kick a Touchdown I kick a Touchdown”.
Durant ses 2 premières saisons professionnelles, Gogolak va donc de succès en succès. Les Bills, aidés par sa capacité à scorer régulièrement dans de mauvaises conditions météo, remportent ces 2 années (64-65) le titre AFL. A la fin de la saison 65, Gogolak va de nouveau faire l’actualité et sera le premier élément déclencheur de la plus grande révolution du football américain professionnel.
4 ans après la création de l’AFL, c’est la guerre ouverte entre les 2 ligues et les 2 commissionnaires Pete Rozelle et Al Davis. Les règlementations sont floues mais tous les propriétaires des 2 ligues ont signé une charte de bonne conduite, s’engageant à ne pas signer de joueurs évoluant dans la ligue concurrente. Celle-ci est respectée car elle est bénéfique aux propriétaires des 2 ligues. Elle protège en effet contre toute compétition financière pour les atlètes les plus doués (même si les rookies font déjà l’objet de surenchères) et permet donc de maintenir à peu près le niveau des salaires. Mais durant la pré-saison 1966, les New York Giants, le plus gros marché de la NFL, se retrouve à court de kicker. En effet, Bob Timberlake* l’ancien QB de Michigan a manqué ses 14 derniers kicks l’année précédente.
Wellington Mara, le propriétaire des Giants, est le premier à briser la charte. Pour une somme que les Bills sont incapables d’aligner, il signe pour 5 ans Pete Gogolak pourtant sous contrat avec Buffalo. Gogolak est la première star à passer d’une ligue à l’autre, mais dès lors les vannes sont ouvertes. Al Davis ne va cesser d’encourager les propriétaires de l’AFL à signer des stars de la NFL, et une charte parfaitement respectée durant 5 ans devient obsolète du jour au lendemain. Les enchères sont ouvertes, la compétition pour l’acquisition des plus grands talents coûte en une offseason très cher aux propriétaires des 2 ligues. C’est l’élément fondamental qui va les “forcer” à se rapprocher et qui aboutit dès l’été 66 à la fusion de l’AFL et de la NFL, et donc à la création du Super Bowl.
Gogolak a donc été sans le vouloir à l’origine de changements majeurs dans le monde du football américain professionnel. Il va continuer sa belle carrière pendant 9 ans avec les Giants et enchaîner les succès. Il est toujours aujourd’hui le meilleur marqueur de l’histoire des Giants avec 646 points. Son frère Charlie est quant à lui le premier kicker de l’histoire drafté au 1er tour, en 1966, par les Washington Redskins. Il détient encore aujourd’hui le record d’”extra-points” réussis (8) dans un match NFL, dans le match le plus prolifique de l’histoire de la NFL, opposant les Redskins de Charlie … aux Giants de Pete (72 - 41). Un records qui sera égalé en 1972, par son grand frère évidemment. Pete détient enfin le record de transformations de touchdowns réussies consécutives, avec 133.
Mais vous l’avez compris ce ne sont pas les chiffres qui illustrent l’impact qu’a eu ce jeune immigré hongrois sur l’avenir d’un sport. Il a créé un poste (kicker) et ouvert la voix à d’autres spécialistes (les punters anciens joueurs de football australien, qui se multiplient en NFL aujourd’hui), apportant une amélioration si évidemment visible à un domaine du jeu qu’il est difficile de s’imaginer ce qu’il a bien pu y avoir “avant”. Une amélioration si nette que les règles ont du changer, les poteaux étant repoussé de la ligne d’en-but à l’arrière de cette même zone.
En 1950 les Browns remportaient le titre NFL grâce à un field goal de 16 yards, chargé de tension dramatique et qui permettait à Lou Groza de devenir “Mr Clutch”, l’homme des grands moments. 50 ans plus tard, Adam Vinatieri kickait dans le blizzard et le vent violent un field goal de 45 yards pour envoyer les Pats au Super Bowl.
Une révolution signée Pete Gogolak.
* Bob Timberlake est surnommé “The father of the Super Bowl” par Steve Sabol le grand historien de la NFL, car sans son incroyable série malheureuse (14 field goals manqués), les Giants n’auraient sans doute pas signé Gogolak et enclenché le processus qui a mené à la fusion de l’AFL et la NFL et la création du Super Bowl.



novembre 19th, 2009 at 14 h 56 min
Je ne savais pas que le kicking game avait eu une aussi grosse importance dans l’histoire de la NFL, grâce à cette biographie j’en sais beaucoup plus.